EDITORIAL DU N°8


Le grand suicide


C’est le titre d’un ouvrage de l’éveilleur Robert Dun. Le grand suicide, c’est celui de notre monde qui a choisi la culture de mort, plutôt que celle de la vie. Quels sont les grands moteurs de notre monde finissant ? Nous en avons déterminé quatre (mais il y en a d’autres), alimentés par un puissant carburant, les medias : l’argent, le sexe, l’imposture, l’uniformisation. Nous allons tenter de démontrer que tout se tient. Il semble qu’un virus ait été inoculé par on ne sait quelle force occulte, que Paul-Georges Sansonetti appelle « les forces de l’antitradition », pour déboussoler l’espèce humaine en actionnant ces leviers.
L’argent ? Posséder trop d’argent ne peut pas être la juste rétribution d’un travail ou d’un talent. L’argent prolifère seul et cette prolifération n’est pas redistribuée. On se rend bien compte que ceux qui en ont beaucoup, beaucoup trop, sont prêts à tuer père et mère (si ce n’est déjà fait) pour en avoir un peu plus, beaucoup plus. Ils n’ont aucune envie d’en laisser une miette à quiconque. Après moi, le déluge. Ce qui veut dire que le sort de l’espèce humaine ne les concerne en rien. Mais pourquoi accumuler tout cet argent ? Pour mourir sur un tas d’or, comme l’oncle Picsou ?
Le sexe ? On voit apparaître et encenser des comportements autrefois marginaux qui tendent à devenir la norme grâce au matraquage médiatique. Le sexe est devenu une obsession unique, pour tous ceux qui veulent changer les règles naturelles qui régissent les rapports des humains dans ce domaine et qui permettent, le cas échéant, de perpétuer l’espèce. Comment, par exemple, les homosexuels comptent-ils s’y prendre pour se reproduire quand ce qu’ils appellent l’hétérosexualité aura disparu ? Par clonage ? À l’inverse, on assiste à une radicalisation du moralisme puritain aux États-Unis et à un déchaînement de la répression contre les femmes dans les pays islamistes. Où est l’équilibre ?
L’imposture ? Les peuples sont prêts à adorer n’importe quel mythomane qu’on leur impose, qui parle plus fort que les autres et qui n’a rien à dire, qui gesticule et qui ne sait rien faire de ses mains. Ces personnages sont fabriqués artificiellement, ce sont des hommes ou des femmes politiques, des artistes, des chanteurs, des sportifs… Les peuples n’ont plus aucun critère qui leur permette d’appréhender le monde avec un œil critique. Les rapports sont désormais basés sur l’apparence et le simulacre. Ce qui veut dire que, sous le vernis qui, inévitablement, se craquèlera, on sera incapable de trouver quelque fondement qui permettrait encore d’établir une véritable échelle de valeurs à dimension humaine, qui dépasserait les états d’âme d’un ordinateur, les errements d’un fonctionnaire « européen » ou les mugissements d’une vache.
L’uniformisation ? Ce même virus n’a de cesse de détourner les hommes de la terre qui les a fait naître, quelle que soit cette terre, et sa couleur. De les sommer de renier leurs ancêtres pour se fondre dans ce melting-pot, supprimant ainsi toute diversité et tout sentiment d’appartenance à une culture. Pourquoi faire ? Ici, la réponse est trop évidente : pour les soumettre et les manipuler. Qu’est-ce qu’un homme sans racines ? Comment un homme qui ne sait d’où il vient pourrait savoir où il va ? Il n’aura plus à s’en préoccuper : « on » répondra à cette question pour lui.
Culture de mort ? Ces quatre grands « faits de société », s’alimentent l’un l’autre parce qu’ils ont quatre points communs : la démesure, le déséquilibre, l’artificialisation des comportements, et ce que les progressistes appellent le progrès, concept fumeux dont Giono disait que c’était « la bombe atomique des raisonnements imbéciles ». Car nous sommes toujours, et de plus en plus, même si la formulation a changé, tenus par ce dogme ; ses tenants sont facilement repérables : ils emploient constamment le mot encore. Comment peut-on encore être ceci ou cela, faire ceci ou cela, se détournant ainsi de – ou, pis, le retardant - l’avenir radieux qu’ils nous promettent ? Comment certaines peuplades fort reculées, comme les hommes bleus du Hoggar ou les derniers paysans burinés des Cévennes, peuvent-elles encore penser et agir différemment, c’est-à-dire se dispenser de respecter le dogme ? C’est-à-dire tout simplement vivre selon les lois naturelles ?
Sous ce vernis qui se craquèle, les masses n’y verront sûrement pas la figure de l’être différencié qui se tient debout, emplissant, comme un palimpseste, toute la surface de la toile. L’être différencié est celui qui garde en mémoire, par on ne sait quelle étonnante capacité, les principes vitaux de l’Âge d’Or, ou de la Tradition, c’est-à-dire les fondements mêmes qui régissent immuablement et imperturbablement à la fois le temps, l’espace et le comportement des êtres vivants. C’est cette figure, portée encore, n’en déplaise à certains, par quelques spécimens de l’espèce humaine, que Paul-Georges Sansonetti nous décrit dans ce numéro, l’associant étroitement au principe primordial de l’Âge d’Or.

 


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