EDITORIAL DU N°6
Le cauchemar
Cette nouvelle livraison d’Hyperborée vous surprendra un peu. Nous faisons quelques piqués dans le monde profane ; en avion d’attaque américain F-111, cela va, hélas, de soi ; vous y noterez quelques références inquiétantes à des événements, des hommes, des officines qui nous ont préparé ou nous concoctent encore, de plus en plus fébriles et enthousiastes à l’approche de l’échéance, l’avènement du Meilleur des mondes qui, comme Aldous Huxley, l’auteur du livre qui porte ce titre, l’avait voulu, signifie – paradoxalement - que nous entrons dans le pire cauchemar que l’imagination humaine puisse concevoir.
La plupart de nos contemporains, par ignorance, lâcheté, conformisme, égoïsme, par défaut de hauteur, celle qui permet de contempler avec lucidité les désastres qui se préparent, ne savent rien ou ne veulent rien savoir de ce futur proche ; rien ne les fera renoncer au confort dans lequel ils mijotent, préférant ne pas « faire de vagues » pour finir leur vie telle qu’ils l’avaient toujours imaginée dans leurs rêves cotonneux, dépourvus de toute aventure. Le monde peut bien s’écrouler autour d’eux, ils n’en ont cure. Et que le déluge survienne, mais après eux. René Guénon, dans Le Règne de la quantité et les signes des temps, un livre dont le titre pourrait tout aussi bien convenir à ce numéro d’ Hyperborée, avait ébauché le portrait de ce type d’être humain conventionnel, frileux, jaloux de sa quiétude, de ses certitudes superficielles et arrogantes, de la tiédeur soporifique dans laquelle il vit sans oser imaginer l’intrusion de quelque bouleversement, ni par le bas, ni par le haut, - nous sommes bien en système démocratique - à tel point que ces personnes se trouvent complètement démunies face à des événements pénibles du quotidien, des épreuves : séparation, revers financier, maladie, mort… et Guénon avait souligné les failles que comportent ce type d’attitude : « La dérisoire sécurité de la“vie ordinaire ”, qui était l’inséparable accompagnement du matérialisme, est dès maintenant fortement menacée, certes, et l’on verra sans doute de plus en plus clairement, et aussi de plus en plus généralement, qu’elle n’était qu’illusion. » Il y a pire que le cauchemar que chacun fait, une nuit ou l’autre : c’est le réveil dans un monde réel, après les quelques secondes de torpeur indécise pendant lesquelles notre esprit cherche ses repères, lorsqu’on se rend à l’évidence : plus rien n’est comme avant. C’est le cauchemar du condamné à mort qui oublie son statut en dormant et qui se réveille au matin, ahuri, dans un monde de terreur contre lequel il ne peut rien.
Quant à nous, chers lecteurs, nous qui ne tombons pas des nues, nous allons accueillir avec sérénité le vrai combat – d’avant-garde - qui nous attend ; ne gaspillons pas nos forces ; je me souviens d’un slogan qui fleurissait sur les murs de mes vingt ans : Avec nous avant qu’il ne soit trop tard ; pour ce monde-ci, à l’agonie, il est trop tard ; nous n’avons plus ni le temps ni l’énergie pour convaincre ceux qui ne veulent pas l’être ; nous sommes passés à l’avenir ; nous avons un monde à reconstruire.
« Pour certains hommes, je serai un rêve, pour les autres, je serai un cauchemar » ; c’est une phrase qu’a prononcée Merlin l’Enchanteur, dans le film de John Boorman, Excalibur.
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