EDITORIAL DU N°1
Une île
par Pierre-Emile Blairon
Le mythe de l’Hyperborée est associé à la couleur blanche, à la glace, au froid ; tout simplement parce que nos lointains ancêtres européens ont dû fuir des contrées actuellement envahies par les glaces ou sous les eaux.
Les autres couleurs de l’Hyperborée sont le rouge de la vie, le vert de la nature, l’or de la richesse, richesse spirituelle qui va se dégrader, à la fin d’un cycle, en richesse matérielle. Car l’Hyperborée, avant d’être blanche, était verte, et l’Irlande la Verte en a conservé un souvenir.
L’une des préoccupations majeures de notre revue est de remettre les idées en place et de redonner aux mots leur sens. Lorsque nous parlons de « mythe », il n’est en aucune façon question d’une lubie, d’une extravagance, de quelque chose qui n’existe pas, sauf dans l’esprit de quelques « poètes », terme qu’on va opposer à l’esprit rationnel des « scientifiques ». Le mythe est au contraire la réalité sur laquelle se fonde la vie des peuples. Les ennemis de la Tradition primordiale s’efforcent depuis des millénaires de gommer cette réalité. Les rites, qui se perpétuent au sein de communautés que les bons esprits vont appeler « primitives » quand elles se fondent encore à leur territoire d’origine, sont la répétition de ces mythes fondateurs ; cette répétition permet ainsi de préserver et de pérenniser l’identité des clans.
L’Hyperborée est donc un mythe, cette réalité intangible, immuable, immobile, au centre d’un monde en perdition. C’est l’Hyperborée qui a apporté sa connaissance à la Terre. Elle fut le premier, et elle sera l’ultime, salut.
Il faut imaginer, et certains ont vu ce spectacle et vécu ce cauchemar, être sur la rive d’une rivière en crue, voir passer les flots boueux et tumultueux qui charrient à une vitesse folle des arbres, des animaux, des symboles de notre société de consommation, automobiles, appareils ménagers, et autres objets hétéroclites qui s’entrechoquent, mais aussi des êtres humains qui tentent désespérément de s’accrocher aux racines que des chênes ou des platanes prévoyants et bienveillants ont laissé glisser vers les flots.
Certains, peu nombreux, réussissent et vont se joindre à ceux qui voient passer sous leurs pieds toute cette horreur.
En vérité, le cauchemar est désormais partout ; il ne passe pas, linéaire comme un fleuve, sous leurs yeux ébahis. Ces rescapés sont en fait sur une île entourée, cernée, par ces flots bouillonnants. Le monde tourne autour d’eux dans cette frénésie morbide ; l’île est le centre du monde, moyeu impassible d’une roue lancée à une vitesse incontrôlée. Ce mouvement s’appelle une révolution. Les plus lucides en réchapperont. Il faut bien qu’ils soient là pour que le monde reprenne sa course sereine.
P.S. Bien évidemment, l’antique Hyperborée était une île ; bien évidemment, l’association qui édite « Hyperborée » ne pouvait s’appeler autrement que CRUSOE, Centre de Recherches Universitaires Sur les Origines de l’Europe. |
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